Roch Voisine, 20 ans de Roch mania

Roch Voisine, 20 ans de Roch mania

Roch Voisine, 20 ans de Roch mania  

    Nouvel album, Duophonique
© Jean-Charles Labarre
Roch Voisine
 
07/03/2013 -

Pour célébrer les 20 ans de la "Roch mania", ce raz-de-marée qui submergea la France du début des années 1990, Roch Voisine revisite dans l’album Duophonique, ses plus grands tubes en duo et en version symphonique. L’occasion de revenir avec lui sur sa carrière exceptionnelle. Rencontre.

 

On a beau avoir grandi de deux décennies, délaissé sans états d’âme celle de ses 12 ans, troqué ses amours de midinette pour bien d’autres horizons musicaux… Une émotion bête, de celle que l’on peine à refouler, surgit lorsqu’apparaît Roch Voisine. Tel que, sorti du papier glacé de nos posters d’adolescentes, avec, indulgentes, quelques rides au détour du regard, témoin du temps écoulé. 

L’idole des jeunettes 90’s porte beau sa cinquantaine, son sourire contagieux, et un sens de l’humour assuré : "Vous ne m’avez pas écouté depuis vos douze ans ? Vraiment ? Mais que s’est-il passé depuis ?". Hum. Il n’empêche. Autour de sa stature d’ex-éphèbe, s’enroule en halo quasi palpable, cette ritournelle, cette bluette inoxydable : "Seule sur le sable/Les yeux dans l’eau…" Evidemment, ça pique. La nostalgie. Un tsunami générationnel Pour rationnaliser l’émoi, il nous faut, en urgence, convoquer les preuves scientifiques, chiffres à l’appui, rappeler ce phénomène générationnel qui submergea la France du début des années 1990. L’album Hélène, c’est près de trois millions d’albums vendus en trois ans, trois Bercy complets, 75.000 spectateurs au Champs de Mars à Paris (1992), et un nombre incalculable de semaines au top des charts.

 
Hélène (en duo avec Coeur de Pirate)
Roch Voisine
Duophonique
(Jive Epic / Sony)
2013

Ce tsunami que les experts nommèrent "Roch Mania", le chanteur le traversa peut-être "les yeux dans l’eau" , mais aussi, assurément, les pieds sur terre : "Je vendais du rêve, mais ne le vivais pas ; je concoctais la potion magique, sans jamais tomber dedans. J’ai vécu cette période avec détachement. Je côtoyais mes copains d’université, j’habitais aux USA, en parfait inconnu. J’avais deux vies. L’une publique, avec des filles en pleine hystérie, l’autre tranquille". Au coin de ces mots, surgit le secret d’une longévité que l’on ne soupçonnait guère –25 ans et 25 albums !–, celle d’une carrière saine, déroulée sans l’ombre d’un remord : "Je ne la relancerai jamais comme dans les années 1990. L’époque a changé. Aucun chanteur francophone ne peut désormais se targuer de vendre des millions de disques… Alors, on se contente de rester, de poursuivre son métier." Le défi des duos symphoniques Cette tempérance à toute épreuve ne vient pourtant pas contredire l’envie de célébrer dignement le vingtième anniversaire de la "Roch mania". Mais que faire ? "Je n’avais ni le temps, ni l’énergie d’organiser une boum… Il me fallait une idée judicieuse, que je n’avais pas encore exploitée. J’avais déjà sorti un best of, et remanié mes tubes en tous sens. Que restait-il ?" Du brainstorming avec son équipe, émergent ces deux idées qui composent Duophonique : le recours à un orchestre symphonique et la reprise de ses hymnes en duo, pour un nouvel éclairage. Avec un pedigree tel que celui de Roch, on cède à la tentation de juger l’entreprise facile. Nenni ! Pour l’artiste, ce fut un véritable casse-tête.

Première étape, sélectionner les titres : "Ça coule de source : tu prends tes singles et tu regardes les chiffres de vente. Pour les six premières chansons, c’est évident. Puis tu complètes avec tes coups de cœur." Deuxième étape, choisir les interprètes : "Là, ça se complique. Tu fais ta wishlist, selon le grain de voix, l’amitié ou l’admiration que tu portes à l’artiste, puis tu pars en chasse… Dès lors, tu obtiens toutes les réponses possibles : les oui, les non, les 'j’adorerais, mais… ', les 'pas le temps'… Surviennent les cheveux blancs, les rides, les suées froides, les nuits sans sommeil (Rires). Au final, tu as quelques oui, quelques non, puis tu recommences jusqu’à l’équation parfaite." Troisième étape, l’arrangement : "Pour passer de ma tonalité à celle des mes interprètes féminines, avec élégance, sans que cela paraisse trop artificiel, il faut l’habileté et le travail d’arrangeurs talentueux, habitués aux grands orchestres… Je n’ai rien laissé au hasard !" puis finalement, le voici, ce graal tant recherché par Roch : le frisson ! Et ce ré-éclairage de ses chansons, où le deuxième interprète sort parfois de sa propre zone de confort pour créer une beauté surprenante : Tant Pis avec Patricia Kaas, Je te serai fidèle avec Chimène Badi, Et si avec Elisa Tovati, La Berceuse du Petit Diable avec Isabelle Boulay, Avant de partir avec Véronique DiCaire, La Légende Oochigeas avec Lynda Lemay, Je resterai là avec Patrick Fiori… Enfin, il y a le cas Hélène, revisité avec la voix bluesy et le timbre personnel de Cœur de Pirate : "Je devais vraiment faire table rase de tout ce qu’on a entendu sur cette chanson, que j’avais déjà reprise en rock’n’roll, en up-tempo... Pour moi, Béatrice Martin possédait cette nouvelle énergie que nécessitait ce tube". Le syndrome Hélène A l’évocation systématique de cette chanson, Roch se crispe. S’il a créé Hélène, Hélène l’a aussi, en retour, créé. Pour le meilleur… et pour le pire ! Explications : "Avec Hélène, j’ai rencontré un grave problème à la fin des années 1990… Elle faisait de l’ombre à tout le reste ! J’avais beau m’échiner à sortir des disques, c’était le black-out total chez tous mes interlocuteurs – auditeurs, journalistes, professionnels : 'on veut Hélène !', martelaient-ils obnubilés. Elle a failli ruiner ma carrière !" Pareil, ne demandez pas à Roch pourquoi il n’écrit que des chansons d’amour. La réponse s’impose, sans appel : "Dès que j’essaye d’autres registres, mon public me rappelle à l’ordre : Roch-chante-nous-des-chansons-d’amour-s’il-te-plaît. Bon." Il y a deux ans, l’artiste a tout de même sorti Americana, un album country : "Pour la toute première fois de ma carrière, Monsieur accompagnait Madame au concert ! Et c’était papa qui tapait la mesure !" Les temps changent. Les filles hystériques ne l’attendent plus à la porte. L’artiste continue, tranquille, sa voie… Joyeux anniversaire, Roch ! Roch Voisine Duophonique (Jive Epic/Sony Music) 2013 En tournée à partir du 5 avril en Europe et en concert le 21 avril à l'Olympia à Paris Site officiel de Roch Voisine

 

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